La gestion des mots de passe évolue face aux nouvelles menaces

Vous utilisez probablement le même mot de passe sur plusieurs comptes, ou vous laissez votre navigateur les stocker à votre place. Cette habitude, longtemps considérée comme un compromis acceptable, expose aujourd’hui à des risques concrets. Les techniques de vol d’identifiants se sont industrialisées, et les solutions de remplacement comme les passkeys arrivent sans que les anciennes méthodes disparaissent. Gérer cette cohabitation sans perdre l’accès à ses comptes devient un vrai sujet.

Infostealers et navigateurs : le maillon faible de la gestion des mots de passe

Les concurrents parlent beaucoup de longueur de mot de passe et de complexité. Ils abordent rarement le problème le plus immédiat : les identifiants stockés dans le navigateur sont la cible prioritaire des malwares.

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Les infostealers, des logiciels malveillants spécialisés dans le vol de données, ciblent en priorité Chrome, Safari et les autres navigateurs. Leur méthode est simple : une fois installés sur la machine (via un fichier piégé, une extension compromise ou un lien frauduleux), ils aspirent tous les identifiants enregistrés localement.

Un gestionnaire de mots de passe dédié chiffre vos données avec un mot de passe maître que le logiciel malveillant ne possède pas. Le navigateur, lui, déverrouille souvent les identifiants avec la session Windows ou macOS en cours, ce qui revient à laisser la porte ouverte dès que l’appareil est allumé.

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Passer d’un stockage navigateur à un gestionnaire dédié ne prend que quelques minutes. La plupart permettent d’importer les identifiants existants en un clic. Migrer vers un gestionnaire dédié réduit immédiatement la surface d’attaque.

Homme à domicile vérifiant une authentification à deux facteurs sur son smartphone pour sécuriser ses mots de passe

Passkeys et mots de passe : sécuriser la transition sans perdre l’accès

Les passkeys (clés d’accès) remplacent le mot de passe par une paire de clés cryptographiques liée à votre appareil. Vous vous authentifiez avec votre empreinte digitale, la reconnaissance faciale ou le code PIN de votre téléphone. Pas de secret à retenir, pas de chaîne de caractères à taper.

Sur le papier, c’est un progrès net. En pratique, la transition crée une zone grise dangereuse.

Pourquoi la cohabitation pose problème

Aujourd’hui, seule une partie des services en ligne propose les passkeys. Vous allez donc vous retrouver avec trois types d’accès simultanés :

  • Des comptes protégés uniquement par un mot de passe classique (la majorité)
  • Des comptes qui acceptent les passkeys mais conservent le mot de passe en solution de repli
  • Des comptes de secours (adresse email de récupération, numéro de téléphone) qui restent protégés par des méthodes traditionnelles

Le risque ? Un attaquant contourne la passkey en exploitant le mot de passe de secours resté actif. Si votre email de récupération utilise un mot de passe faible stocké dans le navigateur, la passkey de votre compte principal ne sert à rien.

La récupération d’accès, nouveau point de rupture

Vous avez déjà perdu un téléphone ? Avec un mot de passe, vous le retapez sur un nouvel appareil. Avec une passkey liée à un appareil détruit ou volé, la situation se complique.

Certains fournisseurs synchronisent les passkeys via le cloud (Apple avec iCloud, Google avec son gestionnaire). D’autres ne le font pas. Si vous changez d’écosystème (d’Android à iPhone, par exemple), vos passkeys ne suivent pas automatiquement.

Documentez chaque méthode de récupération pour chaque compte sensible. Notez quel compte utilise une passkey, lequel conserve un mot de passe, et où se trouve la procédure de secours. Un simple fichier chiffré dans votre gestionnaire de mots de passe suffit.

Expert en cybersécurité gérant des coffres-forts de mots de passe chiffrés sur des moniteurs dans une salle de serveurs

Entropie et longueur : ce qui protège réellement un mot de passe en 2025

La CNIL a mis à jour ses recommandations sur ce sujet. Le renouvellement périodique systématique (changer de mot de passe tous les 90 jours, par exemple) n’est plus considéré comme une bonne pratique. La raison : les utilisateurs contraints de changer souvent choisissent des variantes prévisibles (« Motdepasse1 », « Motdepasse2 »).

Ce qui compte, c’est l’entropie, c’est-à-dire le degré d’imprévisibilité du mot de passe. Un mot de passe long et unique résiste mieux qu’un mot de passe complexe mais court.

Concrètement, une phrase de passe de quatre ou cinq mots aléatoires (« girafe-tunnel-marbre-coquelicot ») offre une meilleure protection qu’un mot de passe de huit caractères mêlant majuscules, chiffres et symboles. Les attaques par force brute progressent chaque année grâce à la puissance de calcul disponible, et les mots de passe courts tombent de plus en plus vite.

Les mots de passe doivent aussi être stockés sous forme de condensat (hash) côté serveur. Vous ne maîtrisez pas cet aspect, mais vous pouvez vérifier si un service a subi une fuite de données. Des outils gratuits permettent de contrôler si vos identifiants circulent dans des bases compromises.

Mettre en place une gestion cohérente de ses accès

Plutôt qu’une liste de dix commandements, voici les actions qui ont le plus d’impact sur la sécurité de vos comptes.

  • Installez un gestionnaire de mots de passe dédié et importez tous les identifiants stockés dans votre navigateur, puis désactivez l’enregistrement automatique du navigateur
  • Activez l’authentification multifacteur sur vos comptes les plus sensibles (email principal, banque, cloud) avec une application dédiée plutôt qu’un SMS
  • Activez les passkeys là où c’est proposé, mais ne supprimez pas le mot de passe de secours tant que la récupération d’accès n’est pas testée
  • Vérifiez que votre email de récupération dispose lui-même d’un mot de passe fort et de l’authentification multifacteur
  • Conservez dans votre gestionnaire une note chiffrée listant vos méthodes de récupération par compte

L’authentification multifacteur reste la mesure la plus efficace pour bloquer les accès non autorisés, même en cas de fuite du mot de passe. Une application d’authentification génère des codes temporaires que l’infostealer ne peut pas réutiliser à distance.

La période actuelle oblige à gérer deux systèmes en parallèle : mots de passe et passkeys. Cette cohabitation durera plusieurs années. Le vrai risque n’est pas le mot de passe lui-même, mais le compte de secours qu’on oublie de protéger. Sécuriser la chaîne complète, du mot de passe maître jusqu’à l’adresse email de récupération, reste la seule approche qui tient face aux menaces actuelles.

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